Mingjun Luo

Mingjun Luo, « L’autre rivage », 2022, huile sur toile, 125 x 100 cm © M. Luo

MINGJUN LUO : L’autre rivage, Fondation Louis Moret

16.10 – 11.12.2022

L’exposition d’automne de la Fondation Louis Moret présente le travail de l’artiste plasticienne biennoise d’origine chinoise Mingjun Luo. Quelque 25 œuvres variant les techniques et les formats (huile sur toile, crayons, aquarelle, encre de Chine) retracent les recherches de l’artiste sur le thème des végétaux, les magnolias en particulier, entre 2010 et 2022. 

Sur le papier comme sur la toile une grande importance est donnée à ce que l’on ne voit pas, au vide, au silence. Dans ces images on peut ressentir une retenue. À première vue tout est calme, mais derrière brûle un feu caché. Ça, c’est peut-être moi. (Mingjun Luo, 2021)

L’arbre centenaire règne dans le jardin, ses branches à portée de main semblent se prolonger jusque dans l’espace clair de l’atelier de Mingjun Luo, sur les hauteurs de la ville de Bienne. Il accompagne l’artiste au fil des années, des saisons. Il était là bien avant elle, il lui survivra, probablement. Lui aussi est venu d’Asie chercher une autre vie et prendre racine ailleurs.

Le thème du végétal, au centre de l’exposition d’automne, se déploie dans l’espace de la Fondation Louis Moret en une vingtaine d’œuvres, à l’huile, à l’aquarelle, au crayon graphite, à l’encre de Chine. C’est d’abord le magnolia qui nous envoûte, ses branches chargées de pétales charnus, sensuels, ou presque fanés, prêts à s’envoler. Des vues resserrées, partielles, dans une palette limitée aux nuances des blancs et des gris, instantanés de ses brèves floraisons.  Des fleurs, ou plutôt des portraits de fleurs qui se détachent sur des fonds dénudés, sur une toile souvent brute ou laissant transparaître son grain.  Ces vues rapprochées, apparitions abstraites malgré leur présence figurative, font face à Spring, une œuvre globale, narrative, cinématographique, une sorte de travelling arrière, où l’arbre devient partie de la scène et nous offre une nouvelle perspective: la silhouette d’un couple s’embrassant, une scène de rue, aperçue à travers les branches du magnolia dans le hasard d’un printemps. Une série d’aquarelles et d’encres de Chine, – floraisons autrement abstraites -, viennent compléter l’ensemble : des myriades de gouttelettes se posent sur la blancheur du papier comme une pluie délicate, des flocons de neige ou de la poudre d’étoiles formant des géographies inédites.

Face aux œuvres de Mingjun Luo, nous sommes d’abord interpellés par l’importance des choix formels traduisant une très grande attention portée à la technique, aux cadrages, aux jeux de lumière, à un soin pour la « matérialité », héritage de la formation rigoureuse et académique de l’artiste dans ses jeunes années en Chine. Mais ces options, loin d’être fortuites ou esthétiques, demeurent intimement liées à la biographie de l’artiste et comme transcendées par son histoire de vie.  Comme l’évoquent certains titres dans l’exposition, Walking beside you, L’Autre rivage, Dans la mémoire, l’univers créatif de Mingjun Luo, artiste chinoise résidant en Suisse depuis 1987, est habité par la condition de double identité et par la notion d’hybridité culturelle. Le sentiment d’éloignement et de déracinement engendré par sa trajectoire l’a amenée à développer un langage pictural singulier, dans lequel se répètent les thèmes du fragment, de la reconstruction et de l’assemblage des parties.  Le sujet nous apparaît alors comme sublimé et mis à distance par le filtre de la mémoire, enduit d’une patine de nostalgie, figé dans une sorte d’éternité éphémère. Le thème développé dans l’exposition de la Fondation Louis Moret rejoint le cheminement individuel de l’artiste et sa perpétuelle tentative d’enracinement entre deux terres. De manière plus universelle, ce questionnement entre « un ici et un ailleurs » trouve un parallèle avec le destin de la condition humaine et l’impermanence des choses, cyclique, en continuité avec la matière, vivante et végétale.

Antonia Nessi, septembre 2022

Exposition du 16 octobre au 11 décembre 2022, du mercredi au dimanche de 15h à 18h.
Vernissage de l’exposition : Samedi 15 octobre dès 17h.
Entrée libre.

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Jean-Michel Jaquet

JEAN-MICHEL JAQUET, Fondation Louis Moret, 12.06- 28.08.2022

 

J’ai la nostalgie de quelque chose qui n’existe pas. Par le dessin je le cherche, parfois je m’en approche, jamais je ne le trouve, ce quelque chose n’existe pas.

(Jean-Michel Jaquet)

La « ligne habitée » de Jean-Michel Jaquet investit les cimaises de la Fondation Louis Moret le temps d’un été. Une invitation à découvrir la richesse du dessin et de ses expressions à travers une trentaine d’œuvres sur papier (encres de Chine, fusains, huiles) retraçant le parcours de l’artiste entre 1990 et 2019. À cette occasion paraît une publication bilingue S’enfoncer dans la forêt/ Sprofondare nella foresta* réunissant un choix d’œuvres et d’aphorismes de l’artiste ; témoignage d’une cohabitation essentielle entre pratique de l’écriture et du dessin.

Jean-Michel Jaquet dessine depuis toujours. Sa ligne suit un chemin individuel, une veine magique, inquiète et dissonante, dans laquelle on pourrait reconnaître un écho de l’univers de Bosch, de Goya, de Louis Soutter, de Paul Klee, son père spirituel, ou encore des compositions religieuses de l’artiste suisse du XVe siècle Niklaus Manuel Deutsch. Sa ligne donne naissance à une cosmogonie personnelle et symbolique, où l’histoire individuelle rejoint l’archétype et une dimension universelle. On y rencontre l’euphorie de saint Christophe, le masque, l’amour, la gémellité, l’ange déchu, la mort, la résurrection. Loin d’être la manifestation d’une spontanéité brute, le signe sans concessions de Jean-Michel Jaquet, s’accompagne et se nourrit de références et d’un savoir pluriels.  Les lectures, le dessin d’observation, la copie d’après nature, la vie réelle, y constituent un répertoire formel infini, à partir duquel l’artiste a pu se frayer un chemin personnel et nécessaire. La limite, la rigueur, l’exercice quotidien et le spectacle du monde représentent, en d’autres termes, les prémisses indispensables à la conquête d’une improvisation sauvage. La sédimentation et l’intériorisation de ces images et de ces souvenirs conduisent progressivement à un signe qui touche par l’économie de ses moyens et par sa vitalité ; comme il l’exprime dans un de ses textes les plus poétiques: « La préparation est lente, l’action est brève. Comme pour le papillon ».

Face au signe impétueux de Jean-Michel Jaquet, face à cette vitalité primitive et sans repentirs pourtant nourrie d’un exercice du regard, nous percevons peut-être l’intensité propre  à la démarche de l’artiste. La même intensité qui le guide dans sa manière d’être au monde. La pratique du dessin et de l’écriture seraient guidées par la même énergie et le même but : retrouver une unité, une ubiquité entre une émotion interne et une expression externe. Une manière de « revenir à l’acte », qui nous fait penser à l’intention sous-jacente aux dessins laissés par les peintres de Lascaux ou Altamira. Le signe, suspendu dans le vide, se jouant de la syntaxe, de la perspective ou du modelé deviendrait la seule trace possible, constitutive d’une mythologie individuelle, où le monde des humains et des non-humains, serait relié en une unité première, sans hiérarchie, hermaphrodite et indissoluble.

Jean-Michel Jaquet est né à La Chaux-de-Fonds en 1950. Après des études à l’Ecole des arts décoratifs de Genève (1968-1971) il se consacre essentiellement à son univers pictural. Suite à des séjours en France et en Egypte, il retourne en Suisse en 1999, où il vit et travaille à Corsier-sur Vevey. En 2020, il s’installe à la Chaux-de-Fonds, sa ville natale. Son travail fait l’objet d’expositions en Suisse et à l’étranger et figure dans de nombreuses collections publiques et privées.

Antonia Nessi, juin 2022

*S’enfoncer dans la forêt/ Sprofondare nella foresta. Dessins et aphorismes de Jean-Michel Jaquet, avec un texte de Antonia Nessi, traduction de Luca Mengoni, Bellinzona : Edizioni Sottoscala, 2022, 130 pp.

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Les Nuits du Couvre-Feu, 2020 (détail) © Catherine Gfeller
Corona Call

 Catherine Gfeller, Les Nuits du Couvre-Feu, 2020 (détail) © 2022, ProLitteris, Zurich

CORONA CALL MARTIGNY, Fondation Louis Moret et Distillerie Morand

13.03 – 10.04.2022

Lors du premier confinement, entre mars et mai 2020, Visarte Suisse lance le concours d’arts visuels Corona Call. Une invitation pour les artistes, isolé·e·s dans leurs ateliers, à se pencher sur une période autant difficile qu’extraordinaire. Sur les 683 projets reçus, un jury formé par Tobia Bezzola, Christoph Doswald, Peter Fischer, Antonia Nessi, Maya Rochat et Una Szeemann sélectionne une liste restreinte de 39 travaux. Après les expositions de Zürich, Locarno, Kreuzlingen et Bâle, la Fondation Louis Moret et la Distillerie Morand à Martigny présentent le travail de huit artistes contemporain·e·s : Aino Dudle, Catherine Gfeller, Andrea Heller, Luc Marelli, Nicolas Polli, Anne-Chantal Pitteloud, Anne-Claude Rigo et Denis Roueche.

Le virus corona, ou plutôt les restrictions politiques, sociales, économiques et culturelles qu’il impose ont bouleversé nos existences, nos relations aux autres, à la nature et au monde. Un tournant pour l’ensemble de la société mais aussi pour les milieux culturels, entraînant une paralysie sans précédents. Ce black-out a nécessité la mise sur pied de mesures de soutien autant de la part du gouvernement que d’associations, mais a signifié aussi la naissance d’une nouvelle conscience, la nécessité d’imaginer de formes d’organisations alternatives et a représenté l’occasion de réfléchir à la centralité du rôle des artistes et des acteur·trice·s culturel·le·s en tant que témoins d’une réalité en mutation. Si dans  la confrontation avec les limites on réalise souvent l’essentiel, cette pause imposée aura aussi été révélatrice des manques et des aspirations les plus profondes de chacun.e

Dans l’espace intimiste et lumineux de la Fondation Louis Moret, entre dessin, installation, vidéo et photographie, les regards et les sensibilités des artistes invité·e·s se croisent pour témoigner d’une condition inédite et de sentiments qui perdurent aujourd’hui encore face à la réalité de la pandémie.

Un voyage empreint de mélancolie, entre deux mondes; des floraisons clandestines et des pulsations végétales captées dans les « nuits du couvre-feu », un vocabulaire mystérieux et organique qui surgit sur une toile de coton, le flux inexorable du temps, le corps entravé dans le mouvement, le dessin, rencontre quotidienne lors de longues promenades,  la quête d’îles imaginaires et de nouveaux territoires utopiques,  des urnes-portraits évocatrices de la fragilité humaine,  la solitude créatrice et la rencontre avec soi dans le huis clos d’un appartement…

Corona Call Martigny est une invitation à découvrir huit postures, huit questionnements, huit reflets de la création contemporaine, où nostalgie, beauté et dépaysement rencontrent humour et légèreté.

Antonia Nessi

Avec
Aino Dudle
Catherine Gfeller
Andrea Heller
Luc Marelli
Anne-Chantal Pitteloud
Nicolas Polli
Anne-Claude Rigo
Denis Roueche

Exposition du 13 mars au 10 avril 2022, du mercredi au dimanche de 15h à 18h. Entrée libre. 

Ouverture de l’exposition : Samedi 12 mars dès 17h.
En présence des artistes et d’Antonia Nessi, déléguée artistique de la Fondation et curatrice de l’exposition.

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