Pour son exposition d’été, la Fondation Louis Moret offre une immersion au cœur de l’œuvre sur papier de Rolf Iseli, oscillant entre figuration et expression pure, des années 1970 à nos jours.
En ce début juin, la lumière matinale révèle autrement les œuvres vues à l’atelier de Berne. Toutes ont trouvé leur place très naturellement dans cet espace ouvert, où la glycine projette son ombre sur les murs.
Un « autoportrait aux allumettes » nous introduit avec un clin d’œil pop au sein de l’espace. De la lithographie à la pointe sèche, de l’intégration de matériaux naturels dans la surface de l’oeuvre, jusqu’aux travaux plus récents empreints d’une radicalité essentielle, le parcours suit les explorations d’un artiste magicien, bricoleur et terrien, pour qui le processus créatif a la valeur d’une expérience presque mystique et toujours renouvelée. L’accrochage, conçu étroitement avec l’artiste, révèle un travail cohérent, au fil des époques, des langages et des techniques. S’y alternent densité et raréfaction, griffures acérées et accents de couleurs lumineuses, puissance du geste et délicatesse de la palette des gris. Un cheminement qui confirme un œuvre d’une grande vitalité et cohérence, en prise avec les accidents de la vie, reflet des mouvements de l’âme, témoin d’une beauté originaire marquée par les blessures du monde.
Rolf Iseli aura indéniablement apporté une contribution essentielle à la peinture suisse d’après-guerre, traversé les avant-gardes et les débats entre figuration et abstraction. Proche de la pensée zen, il aura aussi été sensible au monde qui l’entoure, à l’écoute des préoccupations politiques et écologiques plus actuelles. Et pourtant, son œuvre, rebelle, semble échapper à toute catégorie : il demeure inclassable, en perpétuelle évolution, jamais abouti.
Depuis toujours l’artiste interroge l’antithèse et la synthèse entre l’être humain et la nature, le réel et l’imaginaire, avec humilité, dans un éternel recommencement.
Lorsque, dans son atelier il me montre ses derniers grands formats, il ferme les yeux et semble entrer dans la surface de l’œuvre : « je ne trace plus la ligne, je suis la ligne ». Mais une ligne ouverte, qui ne sait pas encore où elle se terminera. Ouverte et changeante. Comme les nuages.
Antonia Nessi, juin 2026